Droit à la déconnexion : ce que l’employeur doit prévoir

Ce que dit la loi, le contenu d'une charte, les situations fréquentes, les recours et les bonnes pratiques pour se déconnecter.

Téléphone posé face retournée sur une table
Photo : Brooke Cagle sur Unsplash

Qu’est-ce que le droit à la déconnexion ? C’est le droit pour chaque salarié de ne pas être connecté aux outils numériques professionnels, ni joignable, en dehors de son temps de travail : le soir, le week-end, pendant les congés et les arrêts. Depuis 2017, les entreprises d’au moins 50 salariés doivent en négocier les modalités. Les autres doivent les fixer par une charte. Ce droit protège votre repos, votre santé et votre vie personnelle.

Voici ce que dit la loi, ce que l’employeur doit prévoir, le contenu d’une charte, les situations fréquentes, les recours et les bonnes pratiques pour vous déconnecter vraiment.

Ce que dit la loi

Le droit à la déconnexion fait partie des sujets de la négociation annuelle sur l’égalité professionnelle et la qualité de vie au travail. À défaut d’accord, l’employeur élabore une charte, après avis du comité social et économique. Elle définit les modalités d’exercice du droit et prévoit des actions de formation et de sensibilisation pour les salariés et l’encadrement. Ce droit découle aussi des règles sur le temps de travail : repos quotidien de 11 heures, repos hebdomadaire de 35 heures et congés. Voir la durée légale du travail.

Ce que contient une charte

MesureExemple
Plages de déconnexionAucun mail ni appel attendu entre 20 heures et 8 heures, ni le week-end
Envoi différéProgrammation des mails écrits le soir pour le lendemain matin
Message d’absenceRenvoi vers un collègue pendant les congés
Blocage techniqueServeur de messagerie suspendu la nuit ou bandeau d’alerte
Règles de réunionPas de réunion après 18 heures ni pendant la pause déjeuner
FormationSensibilisation des managers à l’usage raisonnable des outils

Les situations fréquentes

  • Mails le soir : votre manager peut écrire à 22 heures, mais vous n’êtes pas tenu de répondre avant le lendemain. Un reproche pour une absence de réponse hors horaires n’est pas justifié.
  • Appels pendant les congés : vous n’avez pas à répondre. Une sollicitation répétée peut porter atteinte à votre droit au repos.
  • Arrêt maladie : travailler pendant un arrêt est interdit, et l’employeur ne doit pas vous solliciter, sauf pour une information ponctuelle indispensable.
  • Télétravail : les frontières entre vie privée et travail se brouillent ; les plages joignables doivent être définies. Voir les droits en télétravail.
  • Forfait jours : le droit à la déconnexion est une condition de validité du forfait. L’accord doit en prévoir les modalités et l’employeur doit suivre la charge de travail.
  • Astreinte : pendant une astreinte organisée et rémunérée, vous devez être joignable ; c’est une exception encadrée, pas la règle.

Les recours

Si les sollicitations hors temps de travail sont fréquentes, commencez par en parler à votre manager, puis signalez-le par écrit aux ressources humaines en rappelant la charte. Les représentants du personnel peuvent intervenir. Lorsque l’absence de déconnexion entraîne une surcharge ou des problèmes de santé, l’employeur manque à son obligation de sécurité : des dommages et intérêts peuvent être obtenus aux prud’hommes. Les juges ont aussi condamné des employeurs à payer des heures d’astreinte déguisées à des salariés devant rester joignables en permanence. Voir le burn-out.

Bien se déconnecter

  1. Désactivez les notifications professionnelles en dehors de vos horaires.
  2. Séparez si possible téléphone personnel et téléphone professionnel.
  3. Indiquez vos horaires de disponibilité dans votre signature de mail.
  4. Activez un message d’absence clair pendant vos congés, avec un contact de remplacement.
  5. Préparez une passation avant de partir pour éviter les appels d’urgence.
  6. Si vous êtes manager, programmez vos envois et montrez l’exemple.

Le rôle du manager

Le manager joue un rôle clé : un message envoyé à minuit par un responsable crée une pression implicite, même sans demande de réponse. Les entreprises qui réussissent la déconnexion forment leurs managers, fixent des règles d’urgence claires (qui appeler, pour quoi) et mesurent l’usage des outils hors horaires. Si vous encadrez une équipe, distinguez ce qui est réellement urgent de ce qui peut attendre et dites-le explicitement à vos collaborateurs.

Un exemple

Julie, chargée de projet au forfait jours, reçoit chaque soir des messages de sa directrice. La charte de l’entreprise prévoit une déconnexion de 20 heures à 8 heures. Elle répond désormais le matin, signale la situation lors de son entretien de suivi de charge et obtient que les demandes non urgentes passent par l’outil de gestion de projet.

Les messages instantanés et les réseaux

Le droit à la déconnexion ne concerne pas que les mails : messageries instantanées, groupes de discussion d’équipe et appels sur le téléphone personnel sont aussi concernés. Un groupe de messagerie créé par le manager et utilisé le soir crée la même pression qu’un mail. Demandez que les règles de la charte s’appliquent à tous ces outils.

Questions fréquentes

Doit-on répondre aux mails le soir ?

Non, en dehors de votre temps de travail, vous n’y êtes pas tenu.

Quelles entreprises doivent avoir une charte ?

Les entreprises d’au moins 50 salariés, à défaut d’accord.

Peut-on être sanctionné pour ne pas avoir répondu pendant ses congés ?

Non, ce serait contraire au droit au repos.

Le droit à la déconnexion concerne-t-il les cadres ?

Oui, en particulier ceux au forfait jours.

Que faire en cas de sollicitations répétées ?

En parler, signaler par écrit, puis saisir les représentants du personnel.

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